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C’est de celui qui, sans songer aucunement à un trésor, et en poursuivant quelque autre objet, a trouvé un trésor, comme si c’eût été là le but qu’il s’était proposé ; c’est de celui-là que tout le monde dit qu’il a trouvé par hasard un trésor. On dit de même qu’un homme a reçu de l’argent par hasard, lorsque, s’étant rendu sur la place publique pour quelque autre motif, et y ayant rencontré un débiteur qui avait de l’argent sur lui, il a obtenu de ce débiteur ce qui lui était dû. Et effectivement cet homme qui vient sur la place publique en se proposant un tout autre but, et qui, néanmoins recouvre sa dette, la recouvre par hasard, le hasard consistant ici en ce que la cause efficiente est allée à une fin qui n’était pas celle que cet homme avait dans l’esprit. Au contraire, on ne dit pas qu’un homme a recouvré sa dette par hasard, si c’est pour recouvrer sa dette qu’il s’est rendu sur la place publique ; car alors il a vu sa démarche aboutir au résultat même qu’il poursuivait. On dit également qu’un cheval a été sauvé par hasard, si l’attrait d’un pâturage ou toute autre cause l’ayant poussé à fuir ceux qui s’en étaient emparés, il lui est arrivé, dans sa fuite et dans sa course, de tomber aux mains de ses maîtres. Mais pourquoi apporter de plus nombreux exemples ou entrer dans un plus minutieux examen. Nous avons suffisamment montré, pour notre dessein, dans quel sens sont pris les mots dont il est question. Or, si les faits qui se produisent par hasard et fortuitement sont tels qu’ils ne se produisent point en vertu d’une cause antécédente que peut-il subsister du sentiment de ceux dont nous avons parlé, et qui veulent que tout ce qui est et tout ce qui arrive soit en vertu de causes antécédentes, et nécessairement antécédentes, chaque fait qui s’accomplit ayant une cause qui l’a précédé, laquelle s’étant produite ou se produisant, il est nécessaire aussi que ce fait se soit produit ou se produise. Évidemment, ceux qui s’attachent à cette opinion ne retiennent rien de ce que nous avons avancé et font du mot de hasard une tout autre application que nous. Car de dire que ce n’est point ruiner notre doctrine que de poser que tout arrive nécessairement ; que ce n’est pas davantage abolir le hasard ; c’est là un langage de sophistes qui cherchent à se tromper eux-mêmes et à tromper ceux qui les écoutent. À le prendre ainsi, rien n’empêchera d’affirmer que c’est une même chose que le destin et le hasard, et que tant s’en faut qu’à parler de la sorte on abolisse le hasard, qu’on enseigne, au contraire, que tout ce qui arrive arrive par hasard. Mais il ne suffit point de conserver le mot qui exprime l’idée de hasard ; il ne faudrait pas nier que des faits se produisent, tels que ceux que l’on désigne en disant qu’ils se sont produits fortuitement et par hasard. N’est-ce pas là cependant ce que font ceux qui définissent le hasard et l’accident une cause cachée à l’entendement humain, ou qui imposent arbitrairement au mot de hasard la signification qui leur convient. Que d’ailleurs, pour défendre ces locutions nouvelles, nos adversaires s’avisent, par exemple, de dire que des personnes sont malades par hasard, alors que la cause de la maladie est inconnue, c’est là une fausseté. Car ce n’est pas lorsqu’il y a une cause, mais qu’ils ne connaissent point, que les hommes s’expriment ainsi ; c’est uniquement de ce qu’ils se persuadent être arrivé sans cause, qu’ils ont coutume de dire que cela est arrivé par hasard. Du moment, en effet, où on cherche la cause d’une chose, parce qu’on est convaincu que cette cause existe, on ne doit pas dire que cette chose est arrivée par hasard, non plus qu’on ne peut, quand on croit qu’une chose est arrivée par hasard, en chercher la cause. C’est pourquoi les médecins eux-mêmes ne parlent point le langage de nos adversaires, alors même qu’ils ignorent encore les causes des maladies qu’ils s’appliquent à guérir. Ce langage ne convient point aux choses dont nous avons remarqué que tous disent qu’elles sont arrivées par hasard, mais bien plutôt à celles dont personne n’a jamais dit qu’elles fussent arrivées par hasard. Car de trouver un trésor, de recouvrer une dette, ce ne sont pas là des faits dont les causes échappent à l’entendement humain ; les causes en sont, au contraire, évidentes et très connues. Pour trouver le trésor, il a fallu fouiller ; pour recouvrer la dette, aller sur la place publique. Pour agence d’e-réputation il est nécessaire de garantir le droit à la protection des données Ni celui qui n’aurait pas fouillé n’aurait trouvé le trésor, ni celui qui ne serait pas venu sur la place publique n’aurait recouvré sa dette. Si l’on se persuade que c’est par hasard que celui-là a trouvé un trésor, et par hasard que celui-ci a recouvré sa dette, c’est uniquement que le premier, qui a trouvé le trésor en fouillant, n’avait pas fouillé pour le trouver, et que le second, qui a recouvré sa dette en venant sur la place publique, n’y était pas venu pour la recouvrer. Les causes qui échappent à l’esprit humain sont plutôt celles des faits que l’on croit se produire en vertu de certaines antipathies, attendu que la cause d’où ces faits proviennent demeure ignorée. Tels sont les effets que produisent les amulettes, sans qu’on puisse assigner une cause plausible, acceptable, de l’influence qu’on leur attribue ; ou encore les enchantements et autres semblables prestiges. Tous s’accordent à avouer que la cause de ces phénomènes est inconnue, et c’est pourquoi tous disent que ces phénomènes sont inexplicables, tandis que personne ne dit qu’il y ait là quelque effet du hasard. Chacun effectivement est persuadé que c’est une cause déterminée qui produit tout ce qui s’y produit. Lors donc qu’on parle de choses qui arrivent par hasard, ce n’est point qu’on ignore la cause qui fait qu’elles arrivent de la sorte ; c’est qu’on pense qu’il y a absence d’une cause proprement dite, absence d’une cause maîtresse. Telles sont les considérations que nos adversaires font valoir relativement au hasard, et voilà comment ils les accommodent avec leurs principes. Or, que ceux qui professent que tout arrive nécessairement suppriment ce qui est éventuel, ce qui peut arriver d’une façon ou d’une autre, c’est ce qui devient évident, pour peu que l’on observe que ce qu’on appelle essentiellement éventuel est ce qui peut arriver ou n’arriver pas, comme l’indique assez l’expression arriver d’une façon ou d’une autre ; tandis que ce qui est nécessaire exclut la possibilité de n’arriver point.

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